02

Originaire de Wallasey dans le nord de l'Angleterre, c'est au détour de piles et autres rayonnages d'une librairie que Chris Shaw découvre les photographies d'Ikko Narrahas. Une de ces images de la série New Mexico, représentant deux poubelles en lévitation, constitue le moment décisif : il deviendra photographe.

Quelques temps après, Il quitte son Merseyside natal et intègre le West College of Art and Design de Farnahm dans la banlieue- ouest de Londres. Très vite, il ne se sent guère à sa place parmi tous ces 'gosses de riches'.

Exclu, il trouve refuge dans l'alcool et délaisse les bancs de l'Université pour aller régulièrement se ressourcer dans la cité locale de Sandy Hill, non loin d'Albershot, où il peut en n côtoyer des gens 'normaux' et communiquer avec eux par le prisme de son appareil photo. Il tisse alors un lien avec cette communauté, capturant dans cette intimité sans fard, des tranches de vies, des instants partagés. Il élabore ainsi un travail hybride à mi-chemin entre le journal intime et le documentaire, qui deviendra sans qu'il en ait encore conscience une sorte de marque de fabrique. Parallèlement, il consigne régulièrement dans un carnet, pensées et anecdotes partagées avec cette communauté. Cette écriture automatique apposée à l'épais marqueur qu'il utilise pour légender ses tirages, devient un prolongement graphique de ses clichés.

Tout comme les vagabonds gravent leurs expériences sur le métal, sa signature témoigne jusqu'à empiéter sur les images qu'il n'hésite pas à déchirer ou découper. Ainsi est né son premier photobook, Retrospecting Sandy Hill, récemment réédité chez Mörel Books et nominé par The Guar- dian parmi les ouvrages photo de l'année 2015.

'Dès le début, Shaw était un talent singulier, mal adapté de par son tempérament, comme le démontre son expérience à Farnham, aux structures des écoles et, à un certain degré, aux règles du marché de l'art. Ses images crues en noir et blanc mirent longtemps à obtenir une reconnaissance critique, et il demeura un genre d'outsider du milieu, à la fois de par son tempérament, et par son style'. Sean O' Hagan - The Guardian, 29/11/2015

Ce style 'anti-esthétique' comme il le décrit lui-même trouvera son apogée à travers sa plus célèbre série, 'Life as a Night Porter' entamée à l'aube des années 90.

Alors contraint de prendre un boulot de réceptionniste de nuit dans un hôtel londonien pour se sortir de la rue, Chris Shaw chasse l'ennui des ces longues nuits d'astreinte à prendre avec son Instamatic les scènes surréalistes qui se jouent devant lui. Développées ensuite de manière très saturée en laissant la part belle aux erreurs, procédé n'étant pas sans rappeler le Provoke Movement (il fut exposé en 2014 à la Tate Modern aux côtés de Daido Moriyama), ses clichés nous font pénétrer dans cet interzone où, la fatigue, l'ennui et l'alcool aidant, il vit dans un état de 'jet lag permanent'.

Clients enivrés, ou exhibitionnistes, nissant parfois échoués dans diverses parties de l'hôtel ou enfermés dans les toilettes, personnel fatigué, mobilier anxyogène sont autant de scènes que donnent à voir les photographies de cette série, qui de part leur nature, nous font pénétrer dans l’intimité de l’humain et des lieux.

On se retrouve alors voyeur, à tenter de deviner les scénarios qui se sont joués tous ces instants, en déchiffrant les légendes griffonnées au stylo-feutre par le témoin de ces nuits blanches.

Retrospecting Sandy Hill - éditions Mörel Books (2014)
Life as a Night porter - éditions Twenty Palms Publishing (2006)



communiqué de presse français
communiqué de presse anglais