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JONONE, SENGA : on croise parfois dans les rues de Paris ces deux noms peints sur un camion saturé de couleurs. Le premier est le pseudonyme de John Perello qui s’est imposé dans la scène naissante du graffiti américain des années 1980 et qui vit en France depuis maintenant 28 ans. Le second est le surnom méconnu de agnès b, à l’envers. Il renvoie à sa complicité historique avec les artistes qui ont fait entrer la rue dans l’histoire de l’Art et qu’elle s’est toujours refusée à enfermer dehors depuis ses expositions avec les frères Ripoulin en 1984 ou avec les BBC, Futura, les Os Gemeos, Dash Snow et tant d’ autres nouveaux « peintres de la ville » (titre d’une exposition de 1990). Peintures à l’huile, abstractions, formes graphiques aux couleurs vives qui s’entrechoquent, sculptures et dessins : à l’occasion de sa première monographie « Fireworks » à la galerie du jour agnès b., JonOne présente de manière inédite l’ensemble de son oeuvre explosive.

Entre deux exercices de corde à sauter pour préparer un match de boxe amical dans son atelier devenu ring, JonOne - peintre boxeur qui frappe ses toiles avec la couleur - explique : « Ma peinture est corporelle, dans l’action : il y a du punch. C’est lié à l’énergie des couleurs que je voyais sur les trains peints à New York, comme le surgissement d’un flash de peinture dans la ville. Dans les années 1980, le métro était comme un musée qui traversait la ville. Mon style est lié à ce mouvement et à la vitesse de la peinture. J’aime que les gens soient déstabilisés et déséquilibrés devant mes tableaux. En peignant, je crache la rage qu’il y a en moi. » La rage de la rue, de la peinture (de l’expressionnisme abstrait au graffiti dans sa version la moins populaire : le tag), des origines (le mystérieux Saint Domingues, l’Amérique des années crack, le Paris alternatif des années 1990).


Depuis les années 1980 JonOne s’est émancipé des canons classiques du graffiti pour se tourner vers l’abstraction. Même lorsqu’il sature ses tableaux de tags peints désormais à l’huile - jouant ainsi avec les notions de haut et de bas - JonOne convoque l’énergie hardcore qui lui vient du vandalisme et répète son nom jusqu’à rendre ses lettres abstraites, ne devenant plus que des dynamiques, des fragments de vie. Il affirme : « Ce n’est pas ce qui est écrit qui est important dans mon travail : l’écriture, les lettres, c’est un prétexte pour pouvoir passer à une autre étape, la lumière, la couleur, l’énergie, le mouvement du corps. Derrière mon nom on retrouve mon passé, mon présent et mon futur. »

Melting Pot, la peinture de JonOne étire les origines et le temps : des prémices du Hip Hop new yorkais et du « Subway Art » au renouveau du mouvement à Paris notamment au coeur du terrain légendaire de Stalingrad, des murs à la toile, de son premier atelier au squat de l’Hôpital Ephémère où agnès b l’avait découvert à celui qu’il occupe désormais aux Lillas... Hors cadre, toujours en mouvement et les mains sales, JonOne compose ses peintures en freestyle. Il projette sa peinture pour qu’elle devienne matière (parfois rugueuse comme un mur en ruine) et mixe les couleurs pour obtenir de nouvelles vibrations lumineuses. Alors derrière ses peintures on retrouve ce fameux « I was here », manifeste des graffitis anonymes du monde et notamment photographiés en noir et blanc par Brassai. « J’étais là » : une déclaration qui imprègne constamment la peinture de JonOne, mais qu’il conjugue depuis 30 ans au présent.

Hugo Vitrani Critique d’art (Mediapart, Beaux Arts magazine...) et curator du « Lasco Project » (Palais de Tokyo)
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