« J’ai toujours été intéressé par les discours de la marge, ceux qui s’ écrivent sur les bords de l’Histoire, loin de tout pouvoir moral, politique ou social, loin de toute norme du regard. C’est pour cette raison que je collectionne depuis de nombreuses années les photographies amateur : elles inventent une autre perspective sur la société. Le travestissement en est un merveilleux exemple. On dit souvent des travestis qu’ ils relПvent de l’ intimité honteuse ou du cabaret burlesque mais la chose est en réalité bien plus complexe. Quand des dizaines de femmes se prennent en photo habillées en homme, selon un rite collectif étrangement répandu à la fin du XIXe siècle, il pourrait s’agir d’un geste politique, une façon de s’approprier les vêtements des hommes pour revendiquer les mêmes droits qu’eux. Depuis 1800 pourtant, toute femme désirant s’habiller en homme devait se présenter à la préfecture de Police pour en obtenir l’autorisation. Celles ou ceux qui bravaient l’ interdit pouvaient tout perdre : leur réputation, leurs amis, leur travail. C’est pourquoi beaucoup de ces photographies sont prises dans des espaces privés –chambres, salons ou jardins – à l’abri des regards. Les gens s’y sentaient certainement plus libres, moins tenus de respecter les codes de la reprОsentation. L’exposition Mauvais genre est pleine de femmes et d’hommes qui osent jouer avec le genre devant l’oeil de la caméra, ce que, peut-être, ils n’auraient pas osé faire en public. En vase clos, ces petits groupes expérimentaient le mélange des genres avec une audace réjouissante. C’est dans ces bulles d’ intimité que s’est inventé un esprit de rébellion qui, des décennies plus tard, sortira dans la rue pour enfin s’exprimer au grand jour. »

Sébastien Lifshitz - In catalogue Arles 2016.

Après des études d’histoire de l’art à l’Ecole du Louvre, Sébastien Lifshitz travaille dès 1990 dans le milieu de l’art contemporain que ce soit comme assistant auprès de Bernard Blistène au Centre Pompidou ou de la photographe plasticienne Suzanne Lafont. En 1994, il se tourne vers le cinéma et réalise son premier court-métrage, IL FAUT QUE JE L’AIME. Suivront en 1995, un documentaire sur la réalisatrice Claire Denis, et en 1998, le moyen-métrage, LES CORPS OUVERTS. Salué dans de nombreux festivals internationaux dont Cannes et Clermont-Ferrand, LES CORPS OUVERTS obtient le prix Jean Vigo. En 1999, il réalise pour Arte un téléfilm, LES TERRES FROIDES pour la série Gauche-Droite, sélectionné à la Mostra Internationale de Venise. En 2000, il réalise son premier long-métrage,PRESQUE RIEN, puis en 2001, LA TRAVERSEE, road-movie documentaire sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs. En 2004, il se lance dans la réalisation de WILD SIDE. Le film remportera le Teddy Award au festival de Berlin. En 2008, il entreprend PLEIN SUD, qui sera présenté au festival de Berlin en 2010. Puis, en 2012, il réalise le documentaire LES INVISIBLES, présenté en sélection officielle hors compétition à Cannes. Le film remporte le César du meilleur film documentaire 2013. En 2014, il suit Marie-Pierre Pruvot dans BAMBI, portrait intimiste de l’une des premières transsexuelles françaises. Le film obtiendra le Teddy Award au Festival de Berlin. En 2016, il filme les derniers jours de la militante Thérèse Clerc dans LES VIES DE THERESE. Le film sera sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs du festival de Cannes 2016 et sera diffusé sur Canal + le 27 septembre prochain.

Publication : Mauvais Genre, éditions Textuel, 2016.

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